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Tombent les fruits dans le temps

à travers les saisons,

une rumeur, la lampe font sursauter notre ombre sur le mur

quand tout dort,

par la respiration aiguë des fleurs

dont le parfum pénètre par toutes les fenêtres ouvertes à travers les années,

d'un seul coup.

Anamnésis, Max de Carvalho

 

Anamnèse

Revenons à ces années d'après-guerre, à cette période très française et néanmoins cos­mopolite qu'on nomme L'Ecole de Paris, qui n'est pas tant une école qu'un foyer artisti­que de rayonnement mondial où l'on se souvient des maîtres, Cézanne, Matisse, Bonnard, Picabia ; tout cela avant ou à côté d'une autre histoire, celle de l'art américain.

Roger Dérieux se trouve là, à Paris, auprès de Picabia précisément, à l'Académie d'André Lhote, dans les manifestations de La Jeune Peinture, à la Galerie Cinq Mars, chez Denise Renard à la Galerie Jacob, de Paris vers Copenhague pour la grande expo­sition Couleurs Vivantes, vers Lausanne, Genève, Salzbourg...

Partir pour ces années-là avec Roger Dérieux redouble le sentiment nostalgique parce qu'il a toujours travaillé, non pas sur le motif, mais sur le souvenir, le souvenir, grand vivier d'images et d'imagination, dit-il. S'il reste alors figuratif, son art n'est pas pour autant descriptif.

Comme pour ses paysages - figurations mourantes, disait Francis Ponge - où la sim­plification des lignes et la subtilité des couleurs suffisent à en dégager l'esprit tout en réveillant le souffle d'une atmosphère précise, dans les scènes d'intérieur avec person­nages et les natures mortes, les formes organiques tendent à s'effacer au profit des ges­tes, des silhouettes, au profit d'une géométrie où les plans se superposent comme par glissements. Dans le jeu d'apparition/disparition, les vides deviennent aussi essentiels que les pleins, tandis que les harmonies de bleus, de gris, de verts rehaussées de notes orangées, rosés ou rouges se chargent de la force expressive du sentiment.

Rien d'étonnant à retrouver tout au long de son œuvre Roger Dérieux dans la proximité des poètes. Du legs des Roses de Jéricho - ces fleurs desséchées qui, trempées dans l'eau, peuvent refleurir - que lui fit son père, le poète Henry Dérieux, il garde le privilège de résurrection. Il accompagna de lithographies, d'huiles sur papier ou de papiers collés d'illustres poètes, et récemment encore son ami Max de Carvalho, un jeune poète qui se tient auprès des images et des voix du souvenir. De la peinture de l'un comme de la poésie de l'autre émanent, féeriques, la lumière et la douceur.

Nicole Détourbe

 


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