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Quelque chose du Tao...

 

Le lien de l'œuvre de Catherine David avec la peinture chinoise s'impose à la réflexion plus qu'à la vue. Ce ne fut pas délibéré mais le résultat d'un parcours sensible et technique, l'histoire de son rapport au paysage.

Rappelons que Catherine David a toujours peint, dès sa petite enfance aux Beaux Arts du jeudi à Nantes, puis aux Beaux Arts de Toulouse où elle reçut aussi une formation d'architecte. En architecture comme en peinture elle va se tourner vers le paysage...

Si nos paysages du Lot la fascinent, ce sont ceux des Pays de Loire qui inspirent son travail d'aquarelliste jusqu'à la fin des années 70 : nudité et linéarité graphique de la Vendée, maillage percé d'éclats et entrelacs du Bocage nantais.

Ensuite par un curieux changement de main - de la droite à la gauche, puis à nouveau de la gauche à la droite - sa technique et son style se transforment. Elle oublie volontairement le dessin et rencontre presque naturellement la peinture asiatique dans ses principes essentiels, tout en se tournant vers l'abstraction. Un nouvel état mental vient de naître sur l'arrière-pays ; du paysage ne restent que les sensations, son essence érotique. Batailles, Déluges, Envols mènent de la terre au ciel, mais abysses et altitudes restent indécidables.

Reprenons l'histoire sensuelle de cette allégresse cosmique.

Sur un papier Arches satiné, choisi pour son blanc nacré très doux et pour son grain qui accroche la lumière, avec le pinceau simplement trempé d'eau, l'artiste dessine à l'aveugle, invisible, le tableau que les blancs volants - vides restés secs - la couleur de l'aquarelle et l'encre noire miscible à l'eau viendront révéler dans une course avec le temps de séchage. Les masses de couleurs de tonalité moyenne structureront le tableau tandis que des traits à l'encre plus ou moins foncés, posés par la plume d'oiseau, souligneront des détails, des motifs, travailleront le mouvement et l'équilibre à la manière d'une calligraphie, tout en ménageant les blancs éclats.

Cela se joue dans une rapidité et une concentration qui supposent autant de retenue que de laisser-aller, de présence que d'absence, dans un souffle qui ne doit pas être interrompu.

Ainsi le temps, espace en mutation, et l'espace, moment du temps, créent un microcosme organique, tel le geste de la Création envisagé par l'art chinois. Le tableau, à l'intérieur du cadre du papier mais aussi le débordant infiniment, rejoint le courant du Tao.

Nicole Détourbe


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